Placée sous le thème « De la vision à l’action : institutionnaliser l’agroécologie pour des systèmes alimentaires durables », cette 5ᵉ édition des Journées de l’Agroécologie du Sénégal (JAES) a permis de franchir une nouvelle étape. Parmi les temps forts, l’évolution de la Conférence sur l’Intensification Durable (CID) vers un véritable Forum des Savoirs, a particulièrement retenu l’attention.
Depuis plusieurs années, la CID constitue un espace important de réflexion scientifique, avec une forte place accordée à la recherche, aux échanges techniques et aux discussions entre experts.
Mais cette année, une nouvelle impulsion a été donnée, avec la volonté d’ouvrir davantage cet espace, croiser les regards, et permettre aux savoirs scientifiques de dialoguer pleinement avec les savoirs paysans, les expériences de terrain, les réalités citoyennes et les enjeux politiques. L’idée n’était pas de remplacer ce qui existait déjà, mais de l’élargir. Créer un espace où chacun peut parler, écouter, questionner et construire ensemble.
C’est ainsi que le comité d’organisation de la CID et la DyTAES ont décidé d’organiser conjointement la CID, carrefour de la recherche scientifique à l’échelle régionale, et les JAES, évènement phare du plaidoyer multi acteurs au Sénégal. Un comité d’organisation transdisciplinaire réunissant des représentants d’institutions de recherche, d’universités, d’organisations de développement et d’acteurs engagés dans la transition agroécologique a ainsi été mis en place, afin de préparer et coordonner l’événement conjoint.
Le 22 avril, au Musée des Civilisations Noires, cette nouvelle dynamique a pris vie avec le Forum des Savoirs.
Dès le matin, autour du traditionnel ndekki, les premiers échanges ont commencé simplement, presque naturellement. Des discussions informelles, des retrouvailles, des débats spontanés… avant le lancement officiel des forums.


Le format lui-même traduisait cette volonté d’ouverture : plusieurs espaces en parallèle, des participants qui circulaient librement, des conversations qui se poursuivaient d’un forum à l’autre, sans barrières rigides.
Au total, 22 forums thématiques et près de 50 posters scientifiques et techniques ont rythmé la journée.

Chercheurs, producteurs, organisations paysannes, étudiants, ONG, institutions publiques, partenaires techniques : tous étaient là, non pas pour défendre chacun leur position, mais pour chercher ensemble des réponses aux défis de la transition agroécologique.
Les sujets abordés étaient nombreux et profondément liés aux réalités du pays : financement de l’agroécologie, gouvernance territoriale, fertilité des sols, gestion de l’eau, systèmes alimentaires durables, pastoralisme, place des femmes, outils numériques, formation des jeunes, mais aussi des approches plus inattendues comme les référentiels religieux ou les expressions artistiques.
Cette diversité a montré une chose essentielle : l’agroécologie ne se limite pas à l’agriculture. Elle touche à la société dans son ensemble.
Au-delà des thématiques, ce qui a marqué cette journée, c’est surtout la qualité des échanges.
Une parole plus libre. Plus horizontale. Plus sincère. La possibilité pour chacun de contribuer à partir de son vécu.
Mais aussi passer d’un cadre parfois très institutionnel à une dynamique plus vivante, plus ouverte, plus connectée aux réalités des territoires.
Car l’enjeu est là : faire en sorte que les idées produites dans ces espaces ne restent pas dans les salles de conférence, mais deviennent des leviers concrets pour les politiques publiques, les territoires et les communautés.
La journée s’est conclue par une prestation artistique, et une cérémonie de clôture rassemblant les représentants des institutions de recherche engagées dans la CID (IRD, ISRA et Cirad), du comité d’organisation des JAES (DyTAES), et des organisations paysannes.





Le travail continue maintenant avec la restitution des échanges et la structuration des recommandations issues des forums.
L’objectif est clair : transformer les discussions en actions.

Et cette dynamique s’est poursuivie à la Place de la Nation le 23 avril, lors de la journée ouverte au grand public. Preuve que l’agroécologie ne concerne pas seulement les experts, mais bien toute la société.
Parce qu’au final, la transition agroécologique ne se décrète pas.
Elle se construit, ensemble.

