La DyTAES tient sa 4e Assemblée générale à Thiès : bilan, renouvellement et cap vers 2030

Les 21 et 22 octobre 2026, la Dynamique pour une Transition AgroÉcologique au Sénégal (DyTAES) s’est réunie à Thiès pour sa 4e Assemblée générale. Cent onze personnes représentants les membres de la DyTAES – organisations paysannes, ONG, institutions de recherche et de formation, élus locaux, secteur privé et services de l’État – et les 17 DyTAEL, ont dressé le bilan du mandat 2024-2026, renouvelé les instances de gouvernance et tracé les perspectives de la Dynamique pour les années à venir.

Deux années de croissance et de structuration

Le bilan présenté par Absa Mbodj (secrétariat DyTAES – Enda Pronat) témoigne d’une dynamique en pleine croissance. La DyTAES compte aujourd’hui 98 membres, dont 16 nouvelles adhésions depuis novembre 2024, accueillies sous les applaudissements de l’Assemblée. Sur le terrain, 17 dynamiques territoriales (DyTAEL) sont actives dans 11 régions et dans les 6 zones agroécologiques du pays. Elles rassemblent environ 1 100 organisations.

La mobilisation a aussi été forte lors des grands rendez-vous : 1 700 participants à la Caravane de l’agroécologie en 2025 et plus de 500 aux Journées de l’agroécologie (JAES) en 2026. Le taux moyen de mise en œuvre des activités prévues dans le plan d’action annuel de la DyTAES est passé de 29 % en 2024 à 62 % en 2025. Seize documents stratégiques ont été coproduits par les membres.

Sur le plan du plaidoyer, la DyTAES a impulsé le processus d’élaboration de la Stratégie nationale de transition agroécologique (SNTAES). Elle a aussi contribué à la révision de la Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale (LOASP), qui donne désormais une place claire à l’agroécologie. Le partenariat avec l’État s’est consolidé : caravane coorganisée avec le ministère de l’Agriculture de la Souveraineté Alimentaire et de l’Elevage (MASAE), JAES coprésidées par le MASAE et le ministère de l’Environnement et de la Transition Ecologique (METE), suivi de la distribution des intrants organiques, etc.

Les échanges, modérés par Dr Ibra Touré (COPIL DyTAES – Cirad) ont aussi souligné les défis à relever. Il faut diversifier les sources de financement de la DyTAES, renforcer l’engagement institutionnel des membres et mieux articuler le travail national avec celui des DyTAEL. Les participants ont également insisté sur un point : collaborer avec l’État sans renoncer au rôle de veille et à l’indépendance de la Dynamique.

Une évaluation externe pour préparer la suite

Aboutissement de cinq années d’existence, l’évaluation externe conduite par le Pr Ibrahima Sylla a été présentée aux membres par Mamadou Abdoulaye SOW (secrétariat DyTAES – Enda Pronat). Elle identifie notamment quatre chantiers prioritaires pour le prochain plan d’action :
 La gouvernance : règles de représentation, transparence et place des DyTAEL dans les instances nationales.
 Le modèle économique : financer un socle de fonctionnement, notamment grâce aux contributions des membres.
 La territorialisation : définir un standard minimum pour les DyTAEL et relier l’ancrage territorial aux politiques nationales.
 Le positionnement : choisir les sujets prioritaires et préserver l’indépendance de la Dynamique.

Les débats ont réaffirmé l’attachement des membres à une agroécologie paysanne et globale. Elle ne doit pas se résumer au remplacement des engrais chimiques par des intrants organiques. Plusieurs intervenants ont aussi rappelé que les organisations paysannes doivent être au cœur de la gouvernance. Pour conclure la session, le modérateur a décrit l’évaluation comme « une mine d’or » pour relever les défis identifiés, au service d’un réseau « pluriel mais uni, souple, adaptatif et résilient ».

Un cadre institutionnel consolidé et des instances renouvelées

Les membres ont examiné les propositions de révision de la Charte et le projet de règlement intérieur. Les débats, modérés par Iba Mar FAYE (COPIL DyTAES – Gret) ont porté sur les critères d’adhésion, sur la place des acteurs privés et sur la représentation des DyTAEL. L’Assemblée a confié au Comité technique le mandat de finaliser rapidement ces deux documents, conçus pour rester évolutifs.

Les instances de gouvernance ont ensuite été renouvelées pour le mandat 2026-2028, sous la modération de Dr Sidy Tounkara (CT DyTAES – IPAR), suite à l’envoie de manifestations d’intérêt par les membres :
 Le Comité de pilotage (COPIL) compte 31 sièges. Six sont désormais réservés aux DyTAEL
 Le Comité technique (CT) a été élargi à une quarantaine d’organisations.
 Le secrétariat reste confié à Enda Pronat, reconduite par acclamation.

Perspectives 2030 et engagements partagés

La seconde journée s’est achevée par une table ronde animée par Astou Sougou Diao. En ouverture, Raphaël Belmin (CT DyTAES – Cirad) a présenté le guide sur l’orchestration des coalitions agroécologiques. Ce guide, récemment publié par la DyTAES, capitalise l’expérience du réseau ; il servira de ressource commune aux DyTAEL et pourra être partagé avec d’autres pays.

Les échanges entre panélistes et participants ont fait ressortir quatre grands chantiers. Sur chacun d’eux, les acteurs concernés ont pris des engagements pour accompagner la DyTAES.

Ancrer l’agroécologie dans les territoires. Pape Diouf (URAPD, Bambey) a rappelé que les producteurs pratiquent l’agroécologie depuis longtemps. Ils restent pourtant freinés par la pression foncière et par une mécanisation peu adaptée. Mame Birame Sène (DyTAEL) a présenté l’exemple de Fatick : avec l’appui de l’Agence régionale de développement, les collectivités y ont intégré l’agroécologie dans leurs plans locaux de développement. Pour étendre cette dynamique, les DyTAEL se sont engagées à couvrir l’ensemble des départements du pays, avec une forte implication des producteurs et des élus locaux.

Produire et valoriser localement. Louise Sarr (CPAD) a plaidé pour un secteur privé qui fabrique au Sénégal des fertilisants organiques performants, au service de la souveraineté nationale. Le secteur privé s’est engagé à fournir des intrants organiques de qualité produits localement. La salle a ajouté trois enjeux : la défense des semences paysannes, la reconnaissance des systèmes participatifs de garantie (SPG) et l’accès des produits agroécologiques aux marchés.

Inscrire le partenariat avec l’État dans la durée. Ndèye Hélène Diallo (MASAE) a plaidé pour un dialogue continu plutôt que ponctuel, avec un point focal du ministère auprès de la DyTAES. Le MASAE s’est engagé à établir avec la Dynamique une feuille de route pour un cadre institutionnel de partenariat. Les participants ont insisté pour que la SNTAES ne reste pas un document de plus, mais soit effectivement mise en œuvre à travers des programmes opérationnels financés.

Mettre la recherche au service des producteurs. Tamsir Mbaye (COPIL DyTAES – ISRA) a appelé l’État à financer la recherche en agroécologie et à l’intégrer dans les cursus universitaires. La recherche s’est engagée à construire un programme de recherche et d’enseignement sur l’agroécologie. Les participants ont insisté sur une recherche menée avec les producteurs et utile pour eux.

En clôture, le Doyen Aziz Badji (COPIL DyTAES – FONGS), a salué une Assemblée qui a su réunir des acteurs d’horizons très divers dans un esprit constructif. « Toutes les recommandations doivent être mises en œuvre, pour que les résultats présentés à la prochaine Assemblée générale soient encore plus grands », a-t-il conclu.

La DyTAES remercie l’ensemble de ses membres et les DyTAEL pour leur engagement tout au long de ces deux journées.

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